Liste des articles : La « Danseuse Cambodgienne », Sculpture animée d’inspiration « orientaliste », l’un des premiers chefs d’œuvre de Gaston DECAMPS

Un exceptionnel Bébé JUMEAU de la série 200 des premiers bébés à visages caractérisés.

La Collection privée de Poupées LENCI de Bibija GARELLA

 

 

L’Exceptionnelle poupée parisienne historique « Marguerite de Valois ». Pièce unique.

 

Notes sur la poupée et sa fabrication

L’examen complet de la poupée, de sa construction, de sa comparaison avec d’autres modèles similaires me permet aujourd’hui, d’avancer toutes les hypothèses sérieuses sur son histoire.

Cette poupée semble (jusqu’à preuve du contraire) être une pièce unique en raison du nom de son modèle gravé dans la nuque. En effet d’autres modèles (trois vendus aux USA en 1997, 2006  et 2011 + une au Musée GALEA à Monaco et trois autres, semble t il se trouvant dans un Musée  en Suisse ) Elles ne portent aucune signature ni gravure dans la nuque.

La poupée présentée ici semble être une commande faite à la maison GIROUX par une personne de la Noblesse Royale Française (dont les descendants étaient les heureux propriétaires) La maison GIROUX en tant qu’intermédiaire n’avait aucun lien avec la fabrication, qu’elle sous-traitait.

Elle fit assembler cette poupée ; la tête fut certainement confiée à la maison JUMEAU dont l’usine venait d’éclore en 1881 et dont les sculpteurs s’inspirèrent des gravures représentant la célèbre Reine, les mains aussi proviennent de cette entreprise qui approvisionna la maison HURET sous la direction LONCHAMBON à partir de 1881 lorsque celle-ci commença a ajouter à la préciosité des poupées et bébés HURET la pose de mains en biscuit (comme nous l’indique l’inventaire de la maison). Le corps avec son système à vis provient d’un petit fabricant qui s’inspira du brevet d’Alexis HERBILLON (voir le «Panorama des Poupées Parisiennes» par Danielle et François THEIMER)

Quant aux vêtements ils furent certainement l’œuvre d’une bonne faiseuse, pourquoi pas Mademoiselle BEREUX dont on reconnaît la travail sur les chaussettes (identiques à celles des poupées HURET).(voir à ce propos l’ouvrage «La Maison HURET» par Danielle et François THEIMER.

La découverte d’un modèle de poupée similaire aux USA et portant de rares souliers signés GIROUX permet d’abonder dans cette hypothèse.

La commande particulière explique l’exceptionnelle signature gravée dans la nuque. Quant au fait que les autres modèles de poupées similaires ne soient pas signées s’explique par le matériau employé (le biscuit) qui est un produit de moulage. Il est aisé d’occulter la signature une fois le modèle initial réalisé en la recouvrant directement dans le moule. Ainsi les pièces suivantes auront la nuque vierge.

Plus qu’une poupée, il s’agit d’une figure artistique tout à fait dans l’esprit de son époque, à l’image de la figurine des artistes RADIGUET & CORDONNIER.

 

Notes sur le personnage historique représenté.

Marguerite de Valois, dont la vie a hélas été dénaturée par le romancier Alexandre DUMAS dans son roman «La Reine MARGOT» fut une femme exceptionnelle et tout d’abord la dernière descendante de la lignée royale des VALOIS, ensuite la première épouse d’Henry IV, roi de Navarre et enfin, après son « démariage » devint la protectrice efficace de la nouvelle lignée royale, celle des «BOURBONS» représentée par son mari puis le fils de ce dernier qu’il eut avec sa seconde épouse Marie de MEDICIS, le future Louis XIII.

Outre cet aspect politique, par son véritable talent littéraire, hormis ses « Mémoires », elle fut une avant-gardiste des «Précieuses», et l’une des femmes les plus cultivées de son temps, parlant plusieurs langues et ayant un sens de la diplomatie reconnu, et d’une extraordianire beauté qui fascinait ses contemporains.

Sa vie mouvementée au travers d’une une période trouble, entre les Guerres de Religion successives, les assassinats et massacres, la Guerre avec l’Espagne, la LIGUE sorte de guerilla entre la Noblesse te la Monarchie, ses mauvaises alliances qui lui valurent un exil de 20 ans en Auvergne oû elle laissera des traces indélébiles de son passage.

Si les historiens, ont depuis la fin du XIXème, tenté de redonner à cette illustre Reine un tant soit peu l’éclat et la reconnaissance qu’elle mérite largement, il n’en est pas de même du cinéma, qui aime trop souvent montrer l’aspect scandaleux plutôt que l’aspect positif. Sur le plan historique je ne peux que vivement recommander l’ouvrage de l’historienne Eliane VIENNOT, «Marguerite de Valois» (aux éditions TEMPUS), le plus sérieux sur ce sujet à ce jour.

Icône de la Mode la Reine Marguerite de France fut encore représentée en poupée à l’occasion de l’Exposition des Costumes anciens exécutés par les Grands Couturiers (AMSTERDAM 1895)  par la Société JUMEAU & Cie. Elle était habillée par le célèbre couturier WORTH. (voir photographie ci-contre)

J’ajouterais enfin que, par tradition, la corporation des bimbelotiers (dont faisait partie Emile-Louis JUMEAU) rendait toujours hommage à Henry IV, ce roi qui accorda le monopole de la fabrication des poupées aux poupetiers par des statuts et règlements en 1608. 

Ce symbole, la Maison JUMEAU, l’employera quelques temps plus tard lors du lancement du «Bebe JUMEAU» dont les traits seront sculpté par le célèbre sculpteur Albert Ernest CARRIER-BELLEUSE d’après ceux d’Henry Iâgé de 4 ans.

 

La Collection privée de Poupées LENCI de Bibija GARELLA en vente le 24 mars 2007 à Paris Hôtel Ambassador

 

Cest presque devenu une habitude de vous présenter dans nos ventes des objets exceptionnels et une fois encore, j’ai le plaisir de partager avec vous la découverte émouvante d’un ensemble de poupées qui, bien que ne découlant pas de notre Culture historique, éveillent en nous un plaisir extatique et rafraîchissant très largement partagé.

Ces objets ont été conservés jusqu’à aujourd’hui dans la famille des propriétaires de l’entreprise familiale italienne connue mondialement sous le nom de « Lenci ». J’ai eu l’heureux privilège de rencontrer et d’apprécier Beppe Garella comme je l’ai indiqué dans le catalogue de mars 2006 à propos de la vente d’un autre ensemble de poupées Lenci.

C’est déjà une vielle histoire, le temps a passé et Monsieur Garella a rejoint le paradis des poupées, mais sa fille, Bibija, me confie aujourd’hui le soin de vendre sa collection personnelle.

Cette collection est exceptionnelle en ce qu’elle renferme de véritables trésors d’Art et d’originalité. Vous y découvrirez des modèles uniques au style provoquant et déroutant alliant le profane au religieux dans un mélange harmonieux et réussi, des prototypes, modèles au destin volontairement tronqué, des poupées si animées qu’elles en paraissent vivantes comme le sont les marionnettes, des représentations de personnages de dessins animés qui ont hanté notre enfance, et d’autres, rares et uniques.

Ils forment une famille hétéroclite et pourtant l’ensemble est homogène, leur rareté prise individuellement, n’est que l’un des aspects de leur richesse. Ils témoignent de manière éclatante d’un savoir faire, et d’un talent artistique indéniables, déployant des trésors d’originalité.

L’émotion qui s’empare de nos sens provient non seulement des couleurs et de leur distribution chromatique, mais aussi des formes innovantes qui interpellent notre imaginaire.

Voici aujourd’hui la première partie de cet extraordinaire ensemble.

 

Its becomes an habit to present you in our auctions exceptional and very special items, an ones again, I have the pleasure and privilege to present and share with you this emotional discovery of a group of. Unique dolls.

These dolls where until today preserved in their owner family, a well-known family, owner of the Lenci company. I had the privilege to known personally Mr Beppe Garella as I wrote it in our auction catalogue of march 2006 when was sold an other group of Lenci dolls.

It is now an old story, time passed and Mr Garella is now in the doll paradise, but his bellowed daughter, Bibija, proposed me to sell her personal collection.

That is an exceptional collection, as she contains real Art treasures. You will discover not only unique pieces in a particular Art concept, a mix of religious and profane styles, but also «one of a kind» prototypes, that never had a commercial destiny, also rare puppets, that’s could only be shown in books, in one word: dolls that never came out at the market.

They are all the evidence of the special artistic talent of this typical Italian artists working in that special doll company turned at 100degrees to Art.

The emotion that you can feel looking at this dolls, comes not only from their colours and their particular mixing, but also from their «avant-garde» style that impress us.

Now we present today the first part of that extraordinary Collection.

       

 

 

 

 

 

La « Danseuse Cambodgienne »,

Sculpture animée d’inspiration « orientaliste »

l’un des premiers chefs d’œuvre de Gaston DECAMPS

“Cambodian Dancer” (English text)

(Reproduction du texte et des photographies interdites sauf accord de l’auteur)

 

 

 

 

A l’occasion de la mise en vente aux enchères récente d’une œuvre non répertoriée du fabricant d’automates Gaston DECAMPS, une véritable sculpture habillée et animée d’inspiration « orientaliste », il me semble intéressant de faire découvrir ou redécouvrir cet homme dont on a beaucoup apprécié et admiré les œuvres mécaniques et les créations d’automates durant près des trois premiers quarts du XXème siècle, mais dont on ignore toute la véritable ambition artistique et la profonde sensibilité qui se révèle, à qui veut bien l’entendre et l’apprécier, au travers de cet authentique chef-d’œuvre qu’est la « Danseuse Cambodgienne ».

Prenant le risque de vouloir y percevoir une œuvre majeure de maîtrise dans toute l’acception du mot, mais aussi une parenthèse dans la vie de son auteur, j’en assume la responsabilité et j’ai grand plaisir ici a expliquer ma théorie qui repose finalement sur une argutie et une analyse somme toute logique.

 

Gaston DECAMPS, jeune artiste ambitieux.

 

Gaston DECAMPS fut le fleuron et l’espoir de la troisième génération d’une famille d’inventeurs de jouets qui était venue s’établir à Paris dans le milieu du XIXème siècle, les ROULLET, puis ROULLET-DECAMPS.

Il fut étudiant à l’Ecole supérieure des Arts Décoratifs de Paris et un élève studieux du maître sculpteur Emmanuel FREMIET(1), dont il suivit les cours de dessin au Jardin des Plantes et qui lui inculqua la maîtrise dans la sculpture des formes du visage et des corps dans le souci académique de la ressemblance et de la convenance.

 

Dès son plus jeune âge, en compagnie de son frère Paul, il baigna dans l’ambiance laborieuse des ateliers de jouets mécaniques et d’automates de son père Ernest Henri DECAMPS et de son grand-père Jean ROULLET, prenant connaissance de son futur métier et travaillant à des essais afin de doter de mouvements mécaniques plus naturels et moins saccadés les personnages automates livrés par l’entreprise familiale au commerce du luxe.

 

Si l’on veut approcher le plus possible Gaston DECAMPS, qui est tout l’opposé de son frère Paul, pragmatique et entièrement tourné vers l’aspect commercial, il convient d’appréhender ses débuts en tenant compte de la pureté et de la spontanéité d’un esprit artistique qui se découvre et qui formeront le limon de son talent.

 

Il me semble évident que les études artistiques qu’il suivait ne pouvaient que lui donner l’envie de mettre en pratique ses nouveaux talents de sculpteur. Son apprentissage méthodique et réfléchi faisait alors toute la différence avec la sculpture pratiquée de façon autodidacte, artisanale et spontanée par le sculpteur « maison » de l’entreprise familiale.

Son approche de la mécanique autant intellectuelle que manuelle, devait aussi lui permettre d’éviter ou de surmonter de nombreuses difficultés auxquelles se trouvaient confrontés ses parents, qui, trop pris par le labeur quotidien ne pouvaient songer à se perfectionner sans subir des dommages et retards dans leur travail.

 

Au terme de ses études, à sa majorité (2), à n’en pas douter et à l’instar de toute la profession, mais surtout sur un plan moral et professionnel, il lui fallut démontrer son savoir faire et présenter un « chef- d’œuvre » une « pièce de maîtrise », qui devait combiner toutes les facettes de ses talents pour le faire accepter définitivement dans son milieu. Cette pratique courante dans toutes les corporations, n’échappait pas à celle des fabricants de jouets.

 

Arguant de l’admiration qu’il portait au premier et au plus grand des « mécaniciens », Jacques de Vaucanson, qui au milieu du XVIIIème siècle, en animant mécaniquement des statues, avait donné naissance aux plus beaux automates jamais conçues par la main humaine et qui firent l’admiration de ses contemporains et des générations suivantes, Gaston DECAMPS décida de suivre cet exemple et de réaliser des « statues animées »(3), conscients d’avoir à se confronter aux difficultés inhérentes à l’association de l’Art dans l’Industrie, et naturellement aux nécessaires concessions qui en découleraient.

J’ajouterais que cette ambition peut aussi trouver ses raisons dans un désir de relever l’automate de sa morne et éphémère carrière d’objet ludique et de l’orienter par une nouvelle condition, vers une clientèle différente, plus proche du monde de l’art qu’il côtoyait et aux goûts artistiques plus étendues et plus exigents, que la clientèle habituelle.

Il restait donc à Gaston DECAMPS à trouver un sujet digne de transcender son projet.

 

Il lui aurait été facile de trouver l’inspiration en imitant la démarche de son père ou de son grand-père ou encore de ses confrères qui puisaient dans le quotidien, l’actualité et les arts du spectacle, pour y trouver la scène ou le personnage dont ils immortaliseront les gestes, les travers, parfois l’outrance souvent la caricature, mais aussi l’exploit (les prouesses des personnages de cirque par exemple).

 

Gaston DECAMPS pensa que la danse, la musique étaient les arts qui s’associaient le plus aisément à la statuaire car elles évoquent le mouvement. D’ailleurs à y regarder de près, dans la production de l’entreprise familiale de la toute fin du siècle précédent, un grand modèle intitulé la « Bayadère » ressemble a un coup d’essai de notre artiste ou du moins à une base de travail...qui préfigure peut être déjà l’œuvre à venir, mais qui reste encore maladroit. Les mouvements trop saccadés, la tête ainsi que le buste en biscuit de porcelaine, rompant l’unité artistique par la variété des matériaux, lui donne comme un air de poupée déguisée….

 

Les sources d’inspiration de la « Danseuse Cambodgienne » et de la « Charmeuse de serpents »

 

Il est plus naturel d’imaginer que sa curiosité naturelle, mais aussi ses amis et son environnement artistique, l’ayant entraîné à parcourir les expositions et les musées, il fut un temps fasciné, imprégné et influencé, tout comme nombre de ses contemporains artistes, par l’exotisme indochinois que l’actualité avait mis au goût du jour dans le déferlement en ce début de siècle d’une vague orientaliste, et c’est de cette plongée dans un Orient onirique qu’il puisera son inspiration pour son projet.

 

Peut-être visita-t-il le Salon de 1899 et y découvrit le grand triptyque «l’EDEN » peint par Levy-Durham, dont le panneau de gauche intitulé l’« Emoi » montre une Eve écoutant les bonnes paroles du serpent, et qui en tous les cas suggéra au Douanier Rousseau son célèbre tableau « La Charmeuse de Serpent » que ce dernier présenta en 1908.

Mais ce qui est plus probable c’est qu’il remarqua dans une autre exposition, en 1906, la dernière création du sculpteur allemand Joseph WIND, une charmeuse de serpent sculptée en trois dimensions?

Le rapprochement de cette sculpture d’inspiration orientaliste et de son automate ou plus exactement de sa « sculpture animée » est saisissant et il ne fait plus aucun doute aujourd’hui qu’elle servit de modèle à Gaston DECAMPS pour l’élaboration de sa « Charmeuse de serpents ».

 

Peut être aussi, et cela serait bien compréhensible, fut il aussi parmi les spectateurs de la divine artiste Cléo de MERODE, célèbre danseuse parisienne qui présenta en 1900, à l’occasion de l’Exposition Universelle, au milieu de l’Exposition coloniale, à mi-coté du Trocadéro, un spectacle de danse cambodgienne dont elle était l’étoile chorégraphique. Son succès fut grandiose et l’on venait de loin, le soir, pour l’admirer ?….Ou encore assista-il aux spectacles de danses cambodgiennes (adaptées elles aussi) de cette autre ravissante danseuse parisienne, Louise MANTE ?

 

Peut-être encore, et cela me semble le plus probable, subit-il le charme oriental des authentiques danseuses royales que le Roi du Cambodge, Sisowath, avait amenées avec lui lors de sa visite officielle en France, justement en 1903, au moment présumé oû je situe la création de son œuvre de maîtrise..

C’est là qu’il fut certainement fasciné par cette jeune fille noble et nubile de juste 15 ans aux cheveux coupés courts (le jour de son anniversaire comme le voulait la tradition cambodgienne), surmontés d’une tiare dorée et pointue, le corps enveloppée comme une momie dans son habit de gala fait de soie transparente couvert de paillettes et de pierreries et cousu sur elle, ondulant ses bras aux mains fines, arquées et si gracieuses, prolongées de griffes décrivant dans l’air de symboliques arabesques, le tout environné d’une musique bruyante et envoûtante.

A n’en pas douter, c’est bien elle qui lui sert de modèle pour sa « Danseuse Cambodgienne »…..

 

La « Danseuse Cambodgienne »

 

Gaston DECAMPS, dans une compréhensible ardeur juvénile, fasciné ou subjugué, s’embrasera pour ces sujets qu’il animera l’un et l’autre, peut être simultanément, dans un même élan artistique.

 

Les deux personnages conçus avec les plus parfaites proportions et une plastique mettant en valeur le travail du modelage et de la sculpture offrent un spectacle d’un réalisme saisissant en tout point comparable à la statuaire classique dont elle ne s’éloigne que pour s’animer occasionnellement avec cette illusion d’une vie propre insufflée, d’autant plus réussie que les torses peuvent monter et descendre au rythme des mouvements naturels lents et sinueux des membres.

 

Les deux chefs-d’œuvre furent élaborés sur les mêmes bases, à savoir: le socle, le bas du corps et le tronc libre se soulevant dans l’imitation d’une respiration, qui sont identiques pour chaque modèle.

La sculpture des visages diffère, accordant un air juvénile à la danseuse et plus altier à la charmeuse dont le corps était entièrement dénudée, tout comme le modèle dont elle s’inspirait (4) .

 

La « Danseuse Cambodgienne » possède des mouvements de mains stupéfiants et réalistes imitant ceux, complexes, que la danse exotique exige, et obligèrent le créateur à des prouesses techniques supérieures qui, unique concession aux lois de la mécanique, dut en adapter le poids, la forme et le mouvement au travail qu’elles devaient effectuer pour rendre une parfaite illusion de la réalité.

Mais à cet exploit remarquable il faut encore ajouter la finesse et l’exactitude dans la reproduction de son vêtement rehaussé de paillettes et de pierreries comme son modèle, assorti de deux languettes sur les épaules représentant les flammes sacrées, l’ornementation de bijoux, sans oublier la tiare (lestée sur un coté pour maintenir la tête dans une position très droite) qui représente le casque de Brahma et qui à lui seul est un pur chef d’œuvre d’orfèvrerie orientale.

 

Mais à cela tout cela il faut encore ajouter que, ce qui fait l’achèvement le plus réussi de ces deux créations, et leur confère ce caractère majestueux, unique et purement artistique, réside dans l’adjonction d’un piédestal, un grand socle octogonal à gradins qui par son aspect antique et imposant donne à l’ensemble un équilibre agréable à l’œil et l’imitation parfaite d’une statue sur son socle (5).

 

On peut aisément imaginer que les deux pièces présentées aux examinateurs par Gaston DECAMPS lui firent gagner le respect auprès de ses pairs.

 

Conclusion

 

Comment ne pas considérer ces deux oeuvres, marginales et surtout magistrales, dans lesquels l’Art n’offre aucune concession aux intérêts commerciaux, en comparaison avec les créations ultérieures de cet artiste, à la fois comme des œuvres de maîtrise, de véritables œuvres d’art, et la preuve d’un talent inégalé?

Elles forment un trait d’union entre le classicisme suranné des produits de l’entreprise sous la tutelle du père et du grand-père, et une orientation volontairement plus « moderne », plus « actualisée » dirions nous, que Gaston DECAMPS affirmera et poursuivra(6).

Véritables sculptures habillées et animées (7) elles sont des oeuvres d’Art achevées, dénuées de toute ambition commerciale, elles symbolisent le mariage réussi entre le monde de l’Art et de l’Industrie et démontrent le rapport étroit entre les idées et les formes, les ambitions et le cadre matériel de l’existence.

 

On ne trouvera plus aucun autre exemple équivalent dans toute la production de cette entreprise, (8) dont Gaston DECAMPS prendra bientôt les commandes (9), ni dans les personnages en vogue échappés des spectacles que produisent les nouveaux « Music-hall » qui fleurissaient à Paris, et que ces derniers font découvrir au public parisien, comme par exemple « Little Tich » clown anglais aux pieds géants, Loïe Fuller la danseuse aux voiles ou encore Almée et son éventail géant qui tous font partie des célébrités de la charnière du siècle qui figureront dignement au Panthéon de la production de la maison ROULLET-DECAMPS en 1910.(10).

Aucun exemple non plus dans les pièces originales et souvent spectaculaires, puisées dans l’actualité (11), réalistes ou cocasses qui contribuèrent au succès de l’entreprise et figurèrent dans de nombreuses expositions internationales et les vitrines des Grands Magasins dont ils deviendront les attractions annuelles.

Et cela peut s’expliquer simplement. Trop vite, la guerre, les drames familiaux, le poids des responsabilités forcèrent Gaston DECAMPS à s’éloigner malgré lui de la « statuaire animée » et à s’adapter aux nouveaux critères sociaux et économiques, au contraintes d’un marché soumis aux nouvelles règles dictées par la fée Electricité et qui donneront naissance à une nouvelle génération d’automates voués au commerce et reproduits à la demande.

 

On a beau chercher on ne trouve vraiment plus rien de comparable à la « Danseuse Cambodgienne » ni à la « Charmeuse de serpents ».

 

Pour conclure, j’ajouterais qu’une fois achevé, un automate, n’échappe pas en général à sa reproduction, en raison des exigences commerciale et surtout des coûts inhérents à sa création.

La « Charmeuse de Serpents » se pliera à cette exigence et sera par la suite reproduite sur demande (12)et introduite dans le catalogue des produits manufacturés par la maison familiale ROULLET-DECAMPS de 1910), un an après la mort du père de Gaston DECAMPS (13).

 

La « Danseuse Cambodgienne » semble avoir échappé à cette règle classique et jusqu’à plus informé une seule autre version existe (14) ce qui naturellement confère à celle qui est mis en vente un caractère d’autant plus précieux.

 

François THEIMER

Historien du Jouet et expert près la Cour d’Appel de Paris

 

NOTES DE L’AUTEUR

 

 (1) Né en 1824 mort en 1910, à Paris. Plus connu pour ses sculptures animales mais qui fut aussi un sculpteur anatomiste hors pair à qui l’on reprocha justement son académisme…

(2) Gaston DECAMPS est né le 30 mars 1882 

(3) A ce propos, il convient de corriger l’idée qui veut qu’on lui attribue la célèbre phrase « l’automate est une sculpture animée ». Force est de constater après vérification qu’il ne s’agit que d’une redite d’une phrase employée par Jacques de Vaucanson à propos de son désir de donner vie à une statue; « le Joueur de Flûte » de Coysevox, qu’il voyait tous les jours en traversant les jardins des Tuileries, et qu’il concrétisa magistralement en un androïde dont parlèrent les annales du temps.

Cette correction n’enlève rien au talent de notre artiste dont l’œuvre générale est aujourd’hui appréciée et admirée dans le monde entier mais dont certains aspects restent méconnus, en particulier ses débuts, ses premières oeuvres. Jacques de Vaucanson réalisa aussi un joueur de tambourin, puis s’intéressant à l’anatomie il créa un canard qui le rendit célèbre dans le monde entier.

 (4) Au grand scandale de sa mère qui la recouvrit pudiquement d’un voile…)dixit Madame BELLANCOURT petite fille de Gaston DECAMPS. Les modèles commercialisés furent par la suite pudiquement habillées.

Il me faut donc ici aussi ouvrir une parenthèse, et rappeler ici qu’il est communément admis, et dans les mémoires familiales et dans les ouvrages consacrés aux fabricants d’automates, voire même dans ceux plus spécialement consacrés à la maison ROULLET-DECAMPS, que la première œuvre sortie des mains de Gaston DECAMPS fut la « Charmeuse de Serpent » dont la réalisation se situerait aux alentours de 1903-1906, au lendemain de sa majorité: il a 21 ans en 1903 ce qui accréditerai encore plus s’il le fallait la notion « d’œuvre de maîtrise » que j’accole à cette pièce.

 (5) Cette particularité en fait la différence d’avec la « Bayadère » qui dans son aspect général reste encore très proche des autres pièces commerciales

(6) Peut être même plus austère…plus « sérieuse » sous certains angles…..

(7) La statuaire habillée était née en 1881, un an avant la naissance de Gaston DECAMPS, lorsque le peintre-sculpteur Edgar DEGAS avait présenté sa « Petite Danseuse de quatorze ans » à laquelle l’imagination donne si facilement vie.

Depuis lors personne n’avait renouvelé l’expérience, fort des odieuses critiques qui inondèrent le Maître, mais l’esprit d’un homme se perpétue, ainsi, après qu’un homme eut habillé une sculpture, un autre se devait de l’animer…

 (8) Après le décès tragique de son frère en 1915

 (9) Ni dans celle de ses confrères

(10)Dans le catalogue de cette époque

 (11) Les chroniques feront état d’un superbe « …combat de boxe, plus vrai que nature…… » (1908) ou encore d’un . .». .. jazz de nègres, en grandeur naturelle, pour la vitrine d'un magasin ...".. .(1925 Exposition des Arts Décoratifs)

(12) On en répertorie aujourd’hui une douzaine d’exemplaires placés dans de célèbres collections ou des musées de par le monde.

(13) Sous le N°408 (avec une version à monneyeur)

(14) Dans une collection privée en version sans monneyeur.

 

The “Cambodian Dancer”,

Animated sculpture inspired by “orientalism”,

one of the principle masterpieces of Gaston DECAMPS

 

            With the auctioning of a non-catalogued work, a genuine sculpture dressed and inspired by “orientalism”, made by the automaton manufacturer Gaston DECAMPS, it seemed opportune to make known, or rediscovered, this man whose mechanical works and automaton creations have been appreciated and admired for almost three quarters of the 20th century.  The real artistic ambition and profound sensitivity of this man are not well-known, yet can be understood and appreciated by looking at this genuine masterpiece, the “Cambodian Dancer”.

            I take responsibility for the risk involved in wanting to see a major master work, in all senses of the word, and also in digressing into the life of its maker.   And so I have the great pleasure of here explaining my theory, which is basically founded on a specious argument, yet an entirely logical analysis.

 

Gaston DECAMPS, ambitious young artist.

            Gaston DECAMPS was the main hope of the third generation of a toy inventing family that had moved to Paris in the middle of the 19th century, the ROULLET, later the ROULLET-DECAMPS, family.

            He was a student at the Paris Graduate School of Decorative Arts (l’Ecole supérieure des Arts Décoratifs de Paris) and a serious student of the master sculptor Emmanuel FREMIET (1).  DECAMPS took his design courses at the Botanical Gardens and FREMIET infused him with sculpturing mastery over face and body shapes, and the academic concern for similitude and appropriateness.

 

            From a very young age, along with his brother Paul, he was immersed in the laborious atmosphere of the mechanical toy and automaton workshops of his father, Ernest Henri DECAMPS and of his grandfather, Jean ROULLET.  There he learned about his future profession, working at attempts to create the most natural and the least jerky mechanical movements for the automaton characters that the family enterprise delivered to luxury good dealers.

 

            To understand, as closely as possible, Gaston DECAMPS, who was the complete opposite of his brother Paul – practical and leaning completely towards the business aspect –  it suffices to understand his beginnings, keeping in mind the purity and spontaneity of an artistic mind, which became apparent, and formed the core of his talent.

 

            It seems obvious to me that his art studies necessarily inspired him to put all his new sculpturing talents into practice.  His methodical and deliberate apprenticeship thus made his sculpturing different from the self-taught, hand-crafted and spontaneous sculpturing done by the family business’s “in-house” sculptor.

            His approach to mechanics, as intellectual as it was manual, must have also enabled him to avoid or to overcome the many difficulties that his parents were confronted with since they, too pre-occupied with daily chores, couldn’t dream of making improvements that risked causing damages and delays in their work.

            At the end of his studies, when he came of age (2), no doubt following the example of the entire profession, yet also for moral and professional reasons, he had to demonstrate his know-how by presenting a “masterpiece”, a “work of mastery”.  This piece of work had to combine all facets of his skills so that he would be accepted definitively into the milieu.  Toy manufacturers could not avoid this practice, which was standard for all business sectors.

 

            Gaston DECAMPS arguably felt much admiration for the first and greatest of the “mechanics”, Jacques de Vaucanson, who in the middle of the 18th century, by mechanically animating statues, had given birth to the most beautiful automatons ever conceived by human hands and which were the admiration of his contemporaries and following generations.  Gaston DECAMPS decided to follow this example and to make “animated statues” (3), aware that he would have to confront the difficulties inherent in combining Art and Industry, and the necessary concessions that it would naturally lead to.

            I’ll add that this ambition could also have arisen from a desire to elevate the automaton from its dull and ephemeral career as an object of play.  He might have wished to direct it towards a new condition, and towards a different clientele, one that was closer to the art world, and one that, from keeping up with widespread artistic tastes, was more demanding than the usual clientele.

            All that remained for Gaston DECAMPS to do was to find a subject worthy of rising above his project.

 

            He could easily have become inspired by imitating his father’s or his grandfather’s, or even his colleagues’ procedure.  They drew from daily life, news, and shows, to find the scene or the character whose gestures they would immortalize, sometimes to the extreme, often with a caricature, and also their exploits (for example, the prowess of circus characters).

 

            Gaston DECAMPS thought about dance, music being one of the arts most easily combined with statuary since it evokes movement.  Moreover, taking a closer look, the family business production at the end of the preceding century included a large model called the “India Dancer”.   It appears to be an attempt of our artist, or at least the foundation for a piece of work … which perhaps already foreshadows the work to come, but which still remained somewhat clumsy.  The movements that were too jerky, the head and bust that were in porcelain bisque thereby breaking up the artistic unity because of the variety of materials, all that gave it the air of a disguised doll.

 

The sources of inspiration for the “Cambodian Dancer” and for the “Snake Charmer”

 

            One logically imagines that his natural curiosity, as well as his friends and his artistic environment, led him to visit art exhibits and museums, so he was at once fascinated, impregnated, and influenced, just like many of his contemporaries, by this Indochinese exoticism.  That, because of current events, had become trendy during the breaking waves of orientalism at the beginning of that century, so perhaps he got the inspiration for his project from that plunge into the dream-like orient.

 

            Perhaps he visited the Salon of 1899 and there discovered the great triptych “Eden”, painted by Levy-Durham.  The left panel of it, titled “Emotion”, depicts an Eve  listening to the pretty words of the serpent, and, in any case, it gave Douanier Rousseau ideas for his famous painting, “The Snake Charmer”, which he presented in 1908.

            But is it more probable that in another exhibit in 1906 he observed the latest creation of the German sculptor Joseph WIND, a snake charmer sculpted in 3 dimensions?

            The resemblance between this oriental-inspired sculpture and Decamps’ automaton, or more precisely, his “animated sculpture” is striking and leaves no doubt today that it served as a model for Gaston DECAMPS to construct his “Snake Charmer”.

           

            Another readily understandable possibility is that he was one of the spectators of the divine artist Cléo de MERODE, a famous dancer who, in 1900, during the Universal Exposition, amid the colonial Exposition, half-way from Trocodero, presented a Cambodian dancing show, in which she was the choreographic star.  It was a tremendous success, and people came from far, the evening, to admire her?…  Or couldn’t he even have seen the Cambodian dance shows (also adapted) done by another ravishing Parisian dancer, Louise MANTE?

 

            Another possibility, and the one that seems the most probable, is that he succumbed to the oriental charm of authentic royal dancers that the King of Cambodia, Sisowath, had brought with him on his official visit to France exactly in 1906.  That coincides with the period that I have ascertained as being when this work of mastery was done.

            There he was certainly fascinated by this noble and nubile young girl of only 15 years, with hair cut short (on her birthday, as dictated by Cambodian tradition), wearing a pointed, golden tiara.  Her body was enveloped like a mummy in a gala outfit made from transparent silk, covered with sequins and gems and sewn on.  Her waving arms ended in fine hands, arched and so gracious, lengthened by fingernails painting arabesque symbols in the air.  All of that was surrounded by loud, bewitching music.

            Not to be doubted, she’s the one who served as a model for his “Cambodian Dancer”… 

 

The “Cambodian Dancer”

            Gaston DECAMPS, with understandable youthful fervor, fascinated or subjugated, burned for these subjects, both of which he animated, perhaps simultaneously, in the same artistic impetus.

 

            These two characters, conceived with the most perfect proportions on a plastic that enhances the model work and the sculpture, provide a spectacle of thrilling realism, in all ways comparable to classic statuary, except for occasionally coming to life with this illusion of their own breathing, even more of a success since the torsos can rise and fall in rhythm to the slow, natural and sinuous movements of the limbs.

 

            These two masterpieces were elaborated on the same bases:  the plinth, the bottom of the body, and the free-moving trunk that lifts up, imitating breathing, are all identical on each model. 

            The facial sculpturing differs; the dancer has a more juvenile air, and there is a haughtier expression on the charmer, whose body was stripped completely nude, just like the model she had been inspired by (4).

 

            The “Cambodian Dancer” has stupefying and realistic hand movements, imitating the complex ones necessary for exotic dancing.  They required the creator to demonstrate superior technical prowess, with which, the only concession to mechanical laws, he had to adjust the weight, shape, and working movements they were supposed to perform  in order to render a perfect illusion of reality.

            But, to this remarkable exploit, it must be added that the reproduction of the clothing was done with great finesse and accuracy.  The clothing is enhanced with sequins and gems, –  like the model, with two matching shoulder straps that represent sacred flames – jewelry decoration, and not to mention the tiara (stabilized on one side to keep the head in a very upright position) which represents the Brahman’s head piece, and which, in itself, is a pure masterpiece of oriental goldsmith skill.

 

            Yet to all of that, one still has to add that what makes the achievement of these two creations so successful, and what confers on them a majestic, unique, and purely artistic character, resides in the attaching of a pedestal.  It’s a large octagonal, tiered plinth, which , with its antique, imposing aspect, gives an equilibrium to the whole that is pleasing to look at, and it’s the perfect imitation of a statue on a plinth (5).

 

            It can easily be imagined that these two pieces presented by Gaston DECAMPS to the examiners earned him the respect of his peers.

 

Conclusion

 

            How is it possible not to consider these two works, non-conformist and above all magisterial – in which Art makes no concessions to business interests, in comparison to subsequent creations of this artist – as simultaneously works of mastery, genuine works of art, and proof of an unequaled talent.

            They form a link between the out-dated classicism of the company’s products under the tutelage of his father and grand-father, and a voluntary orientation to more “modern”, or as we would say, more “contemporary” work, which Gaston DECAMPS confirmed and continued (6).

            Authentically outfitted and animated sculptures (7), they are finished works of Art, denuded of any commercial ambitions; they symbolize a successful marriage of the Art world to Industry, and demonstrate the close relationship between ideas and shapes, between ambitions and the material limits of existence.

 

            No other equivalent examples can be found in the entire production line of this company (8), the command of which Gaston DECAMPS took over soon after (9).  Nor can any be found in the characters then in fashion, escapees from the shows produced by the new “Music-halls” that flourished in Paris.  They introduced the Parisian public to such characters as “Little Tich”, an English clown with giant feet, Loïe Fuller, the veiled dancer, and also Almée and her giant fan.  All of those were among the celebrities at the turning point of the century who appear with dignity in the Pantheon of the ROULLET-DECAMPS production line in 1910 (10).

            There aren’t any examples either of the original, and often spectacular, pieces drawn from current events (11), realistic or comical, which contributed to the firm’s success and which appeared in numerous international exhibits, and the shop windows of large department stores, where they became annual attractions.

            And, that can be explained quite simply.  Too quickly, the war, family crises, and, for all that, the weight of responsibility forced Gaston DECAMPS to distance himself from “animated statuary”.  He had to adapt to new social and economic criteria, to the restraints of a market submitted to new rules dictated by the “Electric fairy”, which would give birth to a new generation of automatons consecrated to business and made according to demand.

           

            However hard we’ve looked, we haven’t found anything really comparable to the “Cambodian Dancer” or the “Snake Charmer”.

 

            To conclude, I’ll add that generally, once an automaton is finished, it doesn’t escape being copied, because of business demands and especially because of the cost inherent in inventing it.  The “Snake Charmer” gave in to that demand and so was copied, on order, (12) and introduced into the 1910 catalogue of products manufactured by the family company ROULLET-DECAMPS, one year after the death of Gaston DECAMPS’ father (13).

 

            The “Cambodian Dancer” seems to have escaped that classic rule, and until more information surfaces, only one version exists (14), which naturally confers an even more precious character on this one put up for sale.

 

François THEIMER

Toy Historian and certified appraiser for the Paris Cour d’Appel

 

Un exceptionnel Bébé JUMEAU de la série 200 des premiers bébés à visages caractérisés vendu le 2 décembre à l’Hotel AMBASSADOR

 

 

C’est un privilège que de pouvoir partager aujourd’hui le plaisir rare de la découverte d’un modèle inconnu d’un fabricant de poupée dont la réputation à fait et fait encore le tour du monde.

Issu d’une série qui, paradoxalement, est parfaitement connue des connaisseurs et amateurs de poupées du monde entier, le modèle présenté nous offre une expression de joie enfantine intense, figée à jamais dans le biscuit, et dont on ne se lasse pas d’admirer l’extraordinaire travail de modelage du sculpteur qui a reproduit la réalité avec une précision quasi anatomique, et qui démontre la maîtrise parfaite d’un Art et d’une technique à la mesure du talent de son auteur.

 

Créée entre 1890 et 1891, la série 200, offrait un panorama hyperréaliste et surprenant de toutes les expressions naturelles enfantines (de la joie aux pleurs en passant par les cris, sifflements et autres attitudes physiques) d’une petite fille.

Les sculpteurs de la Société JUMEAU & Cie, que la postérité a hélas oubliés, s’étaient certainement beaucoup amusés en regardant leurs œuvres. Mais ils avaient réussi cet exploit qui tenait de la gageure, et le résultat avait été à la hauteur de leur ambition : Aucun but commercial particulier, mais la démonstration d’une maîtrise parfaite de l’alliance de l’Art et de l’Industrie, d’une virtuosité et d’une supériorité sur tous leurs concurrents dans le monde.

Jamais aucune série de poupée enfantine n’égalera la série 200 de la Société JUMEAU et Cie. Elle fut réalisée d’un seul trait, sur quelques mois. C’est un peu ce me semble le « coup de chapeau » d’Emile Louis JUMEAU à la profession des fabricants de poupées, avant de s’en aller vers d’autres ambitions (1), et de laisser son entreprise entre les mains de son jeune associé, Emile Louis DOUILLET.

 

Cette série de visages enfantins hyperréalistes se compose de 19 numéros allant du N° 200 au 220 exception faite du 213 (pour des raisons de superstition….). Le premier chiffre 2 correspond au symbole féminin s’agissant de poupées destinées aux petites filles, les deux autres chiffres correspondent chacun à un modèle à la sculpture d’une expression unique.

Chaque moule ne fut réalisé que dans un éventail de 5 tailles allant de 9 à 13 afin de laisser le maximum d’effet à la sculpture. Seuls les numéros 203 et 211 furent réalisés dans un nombre de tailles plus élevés (9 tailles : de la taille 4 à 13) et furent utilisés dans les petites tailles (la taille 4 en particulier), pour les sujets des automates de la maison Léopold LAMBERT, qui semble avoir été l’un des instigateurs de ce projet (1).

 

Cette série de visages enfantins caractérisés se continue par cinq numéros allant du 221 au 225 et qui représentent des visages de femmes, et la Société Française de Fabrication des Bébés et Jouets (plus connue par ses initiales : S.F.B.J.), qui succéda à la Ste JUMEAU & Cie en 1899, reprit à partir de 1909, l’idée d’une série de bébés à visages caractérisés, mais cette fois dans un but purement commercial, en s’inspirant des visages enfantins de son époque, tout en y intégrant la mixité et un éventail d’âges allant du nouveau né au jeune enfant.

Cette nouvelle série sera numérotée en succession de la précédente et commencera à partir du N° 226 de 1909 au numéro 310 de 1955, s’étalant dans la durée et s’adaptant aux modes.

 

Lors de l’Exposition Universelle de 1900 la SFBJ présenta la série intégrale de la série 200 dans un ensemble de vitrines dont la composition fut immortalisée par une série de 6 cartes postales en couleurs.

L’inventaire de la Ste JUMEAU, au moment de sa cession à la S.F.B.J. en 1899, indique qu’il ne restait que 8 têtes de taille 10 du moule 202…. Celui qui est présenté ici, est le seul à ce jour, qui nous soit parvenu….

 

 (1)Voir le «  JUMEAU Book » par François THEIMER )